La magie lente

C’est le comédien qui nous reçoit à l’entrée de la salle. Il est tranquille, souriant et nous salut calmement. La scène est presque vide : un ordinateur sur une table, quelques verres d’eau en fond de plateau posés sur des chaises noires.

Et puis la pièce commence, nous sommes à un colloque de psychiatres. Le cas de Monsieur Louvier y est présenté.
C’est un homme qui a été diagnostiqué schizophrène il y a 10 ans, mais son nouveau psychiatre va l’amener à remettre en question ce diagnostic. Il va comprendre qui il est aujourd’hui en redécouvrant son passé.

Son histoire, la chronologie de ses séances et l’analyse de sa pathologie seront déroulées tout au long de la pièce. Le comédien interprète tour à tour le psychiatre et Monsieur Louvier. La lente progression du travail psychanalytique se fait devant nous. Les différents lapsus, les prises de conscience, les compréhensions, les questionnements s’opèrent en direct sur le plateau.

Benoit Giros est d’une justesse incroyable et il nous semblerait presque qu’il fait chaque soir cette thérapie pour la première fois. Il nous adresse, nous confie ce texte, il vit chaque instant du déroulement de cette cure pourtant si douloureuse. On sent qu’il est à la fois seul face à son travail thérapeutique et à la fois complètement avec nous.
Il est malgré tout très seul face à sa douleur. D’ailleurs le metteur en scène le laisse gérer en autonomie les différents changement de lumières à l’aide de manettes qu’il actionne au pied ce qui renforce cet isolement.

À certains moments, le retour au colloque permet une mise à distance necessaire quand le récit devient insoutenable. Monsieur Louvier aura également cette très belle phrase adressée autant à son psychiatre qu’à nous, public, « vous devez en avoir marre de m’écouter vous raconter mes histoires sordides ».
Pourtant le public n’est pas voyeur, il n’est pas là pour juger mais pour accompagner et encourager Monsieur Louvier dans son cheminement personnel qui l’amène vers la découverte de soi.

L’auteur, Dénis Lachaud , nous livre avec douceur et tendresse un texte d’une grande violence. La monstruosité de cette histoire n’est acceptable ici que grâce à la finesse du texte, plein de nuances et de respirations, et à la bienveillance et au charme du comédien. Rien n’est en trop dans ce récit. Tout est mesuré et précis.
Les mots sont au centre de la pièce : mots destructeurs mais aussi mots moteurs de guérison. C’est une pièce sur le pouvoir des mots, une pièce où la simplicité et la vérité (de la mise en scène, du texte et du jeu) permettent de transmettre la force du verbe.
Un moment touchant et bouleversant. Une pièce utile et superbe !!

Au théâtre de la Reine Blanche jusqu’au 23 décembre 2018

Denis Lachaud : Auteur
Pierre Notte : Metteur en scène
Benoit Giros : Comédien

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Parlons d’autre chose

8 filles, et 1 garçon. Ils sont en Terminal, ils ont leurs codes, leur langage, leurs secrets.

Ce sont des adolescents, des « presque adultes ». Ils testent leurs limites, s’interrogent sur leur avenir, sur la société qui les entoure, sur leurs parents, et également sur eux, sur leur rapport au monde et aux autres. Beaucoup de questions sans réponses, mais a-t’on déjà les réponses à cet âge (ou jamais d’ailleurs) ?

La mise en scène, fluide et cohérente les accompagne parfaitement.

Les comédiens sont impliqués et présents à 100%. On ressent en effet énormément d’énergie et d’engagement dans cette troupe. On perçoit d’ailleurs qu’il y a beaucoup d’eux-mêmes dans ce texte écrit par Léonore Confino suite à un travail plateau.

Un texte, comme l’auteur nous y a habitué, sans fioriture, percutant et terriblement efficace.

L’ensemble est à la fois questionnant et divertissant ! A voir !

 

Auteur : Léonore Confino
Artistes : Aliénor Barré, Solène Cornu, Faustine Daigremont, Thomas Denis, Marion de Courville, Marguerite Hayter, Élise Louesdon, Camille Pellegrinuzzi, Léa Pheulpin
Metteur en scène : Catherine Schaub

Au Théâtre Tristan Bernard, jusqu’au 22 décembre 2018

parlons d'autre chose

 

 

Tu seras un homme Papa

Une course, un combat contre la mort, une lutte pour la survie de cet enfant. Une histoire que l’on écoute sans oser respirer trop fort, de peur de troubler la confession, de gêner cet homme qui se raconte.

Un texte fin et original : l’utilisation du sport dans le récit lui donne une force et une intensité toute particulière. Le comédien et auteur Gaël Leiblang nous plonge dans son univers sans nous laisser d’échappatoire.

un moment intense !

Une pièce coup de poing dont on ne sort pas indemne.

Au théâtre du Lucernaire jusqu’au 8 décembre 2018

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Photo Veronique Fel

 

 

Presque Persée

Une pièce parodique sur la vie de Persée, une fable mythologique délirante ou les 5 comédiens jouent plus de 20 personnages plus déjantés les uns que les autres. Plein d’originalité et d’humour dans cette version décalée de ce mythe que vous découvrirez sous un angle inattendu.

Une comédie complètement barrée :  dans cette pièce, rien, ou presque n’est pris au sérieux et tout est à prendre au second degré.

De très bonnes répliques, de l’humour potache et quelques situations cocasses, tout y est pour passer un bon moment !

Allez-y avec l’envie de prendre du plaisir sans prise de tête : c’est vraiment drôle.

Auteur : Rabah Benachour, Claudia Cochet, Batiste De Oliveira
Artistes : Batiste De Oliveira, Claudia Cochet, Rabah Benachour, Camille Giry, Martin Campestre, Arthur Cordier
Metteur en scène : Vincent Azé

 A la Folie Théâtre jusqu’au 11 novembre 2018 (les vendredis, samedis, dimanches)

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Le banquet

On a tous déjà assisté à au moins une de ces scènes lors d’un mariage. Bien entendu, dans Le banquet de Mathilda May c’est l’apothéose, un cumul de tous les déboires possibles et imaginables lors d’une de ces soirées. Le sol accidenté et glissant, la robe immaculée de la mariée qui est tachée (et pas qu’un peu), le DJ très lourd, le discours du père beaucoup trop long, les montages photo gênants, le marié qui drague tout ce qui bouge…
Dès le démarrage de la pièce, on sait que rien ne va se passer comme prévu et que cela va tourner au vinaigre, et en effet cela va loin ! C’est du burlesque, aucune vraie parole n’est prononcée mais on devine les intentions et on suit parfaitement l’histoire. Il y a de l’énergie, les acteurs sont motivés, la mise en scène est fluide et les moments dansés sont très drôles !
Les situations sont tellement improbables qu’elles en deviennent ridicules et drôles.
Un peu déçue pourtant : autant j’avais adoré Open Space, que j’avais trouvé fin est bourré de créativité, autant ici on est peu surpris et les scènes sont parfois un peu longues et assez lourdes. Un avis un peu mitigé donc pour ce joyeux et terrible mariage. À voir tout de même pour l’originalité, la mise en scène précise de Mathilda May et l’engagement des comédiens.

Conception et mise en scène : Mathilda May

Avec : Sébastien Almar, Roxane Bret, Bernie Collins, Jérémie Covillault, Lee Delong, Stéphanie Djoudi-Guiraudon, Arnaud Maillard, Françoise Miquelis, Ariane Mourier, Tristan Robin

Au Théâtre du Rond Point jusqu’au 10 novembre 2018

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Je parle à un homme qui ne tient pas en place

C’est l’histoire d’une amitié entre deux hommes, l’histoire d’une correspondance, presque un monologue, entre un navigateur et un comédien. C’est intime, tendre et puissant. On pourrait presque trouver que c’est impudique car Gamblin se met à nu devant nous, avec ses analyses, ses émotions, ses réflexions et l’on sent qu’il il y a réellement beaucoup de lui dans cette pièce. Cette amitié exceptionnelle  nous est offerte et Jacques Gamblin prend plaisir à nous la donner comme on offre un cadeau dont on est particulièrement fier.
Soit on déteste, soit on adore cette pièce. On peut en effet être choqué par cette indécence, cette manière de se raconter et de ne parler que de soi. Ou à l’inverse être embarqué avec eux sur ce bout de chemin qu’ils ont partagé de manière intense et condensée.
Personnellement je me suis laissée prendre à son jeu. Car Gamblin est joueur, il est taquin, il joue manifestement avec nous, nous manipule avec bienveillance pour nous faire partager ses souvenirs, nous amener à ressentir ce qu’il a éprouvé.
Il parle, il chante, il sourit, il s’inquiète, rassure, questionne…

Pris par son charme et son énergie, je ne l’ai pas lâché. Un joli voyage à faire avec lui.

Jusqu’au 18 novembre au Théâtre du Rond Point.

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New, la comédie musicale improvisée

Avant même de rentrer dans la salle, on est mis à contribution. Chaque spectateur doit en effet faire appel à son imagination et trouver un titre et un lieu pour l’intrigue qui se déroulera ce soir. Les petits papiers sont collectés et mis dans une urne.
Ils sont nombreux sur le plateau : quatre chanteurs/comédiens/danseurs, trois musiciens et un maître de cérémonie/Metteur en scène/chauffeur de salle. Et puis, il y a également une dessinatrice, en l’occurrence hier soir Aurélie Bordenave, qui, depuis un ordinateur, animera, tout au long de la soirée, l’écran en fond de plateau. Idée excellente : sous son stylet apparaissent les décors et les situations liés à l’histoire avec originalité, poésie et humour.
La salle, plutôt jeune, est au taquet ; le maître de cérémonie fait monter l’ambiance puis tire au sort le titre et le lieu de ce soir parmi les propositions du public. Deux sont proposés et le meilleur est choisi à l’applaudimètre par les spectateurs. Nous avons droit à LA GOUTTE QUI FAIT DÉBORDER LE VASE et le décor de début est une ÉPICERIE BIO. Cinq minutes de conciliabule sont laissées aux comédiens/chanteurs ce qui leur permet de définir rapidement leurs personnages et une mini trame mais ce temps est très court et pour la suite ils devront inventer au fur et à mesure… c’est toute la difficulté et la beauté de l’impro.
Ça y est, l’histoire commence ! Les comédiens chanteurs font proposition sur proposition avec dynamisme et talent et l’intrigue se déroule à toute allure devant nous.
Il faut beaucoup de confiance et d’écoute pour réussir ce tour de force entre eux mais également avec les musiciens. En effet, dès que ceux-ci commencent à jouer un air, les artistes présents sur le plateau basculent en chant.
Le maître de cérémonie arrête parfois la narration pour imposer des contraintes ou des styles de musique proposés par le public. Nous avons eu droit à un improbable «Celte/Rock ».

Cet exercice qui parait fluide tant les artistes y prennent un plaisir apparent, nécessite en réalité beaucoup de travail, de précision, d’écoute et de talent.

Et c’est une réussite, nous avons passé une excellente soirée. N’hésitez pas à aller vivre cette expérience étonnante. Une soirée très originale.

Le soir où nous y étions (il s’agit d’une équipe tournante) nous avons vu :

– Comédie et chant : Florence Alayrac, Pierre Babolat, Cloé Horry et Perrine Megret
– Musiciens : Samuel Domergue (percussions), Antoine Lefort (clavier) et David Rémy (cordes)
– Impro’graphiste : Aurélie Bordenave
Maître de cérémonie : Florian Bartsch
Au  grand point virgule 
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Hard

Une idée osée que de faire une pièce sur le milieu du hard, mais une idée plutôt bien inspirée quand on voit le résultat. On est très vite mis dans l’ambiance avec le défilé de personnages hauts en couleur lors de l’enterrement de leur ancien patron. C’est sa femme, bourgeoise catho du Vésinet (toute ressemblance avec des personnes réelles serait purement fortuite) qui va reprendre l’activité de son défunt mari. Choc des cultures puisqu’elle n’a découvert la situation professionnelle de son respectable époux qu’à sa mort.
C’est une vision très bienveillante et tendre que nous apporte cette pièce sur le monde du porno. Même si bien sûr on sait que malheureusement la réalité est souvent bien différente, on décide, ce soir, de croire à cette version Bisounours.
Hard est l’adaptation théâtrale d’une série diffusée sur Canal+ entre 2008 et 2015. Les comédiens sont tous très bien, le décor agréable. La mise en scène de Nicolas Briançon,  fluide et efficace (ce qui n’avait rien d’évident vu le découpage dans l’action et le temps) participe beaucoup à la réussite de la pièce !
Comme le sujet est pour le moins original, je décide de regarder un peu autour de moi :
Trois types de réactions dans la salle :
– Éclats de rires francs et bruyants à ma gauche : on est là pour rigoler, on assume et on s’esclaffe quand le réalisateur évoque avec émotion le tournage d’Autant en emporte le gland.
–  Petits fous rires contenus des trois femmes devant moi. Elles sont venues entre copines pour s’encanailler un peu…je les soupçonne d’habiter Le Vésinet ! : « oh là là ils exagèrent tout de même…mais qu’est-ce que c’est drôle »
– Lèvres pincées et fesses serrées à ma droite, parfait bobo trentenaire : « mon dieu pourquoi suis-je aller me mettre dans cette galère ? » il lève les yeux au ciel et prend un faux air distant et hautain. Je ne peux m’empêcher de penser « mais qu’est-ce que sa copine doit s’emmerder au pieu ! »

Pourtant ce n’est jamais vulgaire et le jeu innocent et naturel des comédiens rend le tout léger et agréable.
Bien sûr ce n’est pas du Shakespeare mais à moins de s’être trompé de théâtre on savait tout de même à quoi s’attendre.

De mon côté, j’ai pris mes précautions, j’ai emmené avec moi une valeur sûre, une copine bien libérée et que le titre de film « Kill Bite » ne pouvait que faire marrer. Ses éclats de rire sont communicatifs, nous sortons de la pièce d’humeur joyeuse.
Et finalement que demander de plus ?!
Un très bon divertissement donc pour un public averti dans les deux sens du terme.
Allez hop, on se déride un peu et on file au théâtre.

Au théâtre de la Renaissance jusqu’au 6 janvier

Adaptation de Bruno Gaccio – Mise en scène de Nicolas Briançon
Avec : Claire Borotra, François Vincentelli, Nicole Croisille, Charlie Dupont, Stephan Wojtowicz, Isabelle Vitari, François Marielle, Dany Verrissimo et Sarah Gellé,
François Marielle, Sarah Gellé, Dany Verissimo-Petit

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Smoke Rings

Dès l’entrée, on est mis dans l’ambiance de ce théâtre immersif si agréablement intense.

Les textes riches et forts de Léonore Confino prennent ici toute leur ampleur. La mise en espace dans des lieux atypiques (les couloirs du Ciné 13, le Delirium à Avignon et maintenant le théâtre Michel) nous met dans une position tantôt de voyeur tantôt de témoin. Nous assistons à de réelles scènes de couples intenses et belles.

On frissonne, on rit, on est touché et finalement on verse une petite larme. Le jeu si naturel et exigeant des comédiens est particulièrement adapté à l’écriture réaliste et incisive de l’auteur. Aucun quatrième mur ne les protège, et nous recevons leurs émotions sans filtre.

Une expérience mise en scène avec justesse et finesse par Sébastien Bonnabel.

Un excellent moment à ne pas rater !

Au Théâtre Michel  les lundis su 22 octobre au 19 novembre

Textes : Léonore Confino 

Mise en scène : Sébastien Bonnabel assisté par Laura Mariani.

Interprétation : Marie Combeau, Marine Dusehu, Marie Hennerez, Pascale Mompez, Eric Chantelauze , Philippe De Monts , Stéphane Giletta, Emanuele Giorgi.

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L’éternel premier

Je ne suis pas une fan de vélo, c’est peu de le dire, mais cet hommage théâtrale à un grand sportif est une réussite !

Jacques Anquetil est considéré comme un des plus grand coureur de tous les temps. C’est aussi un enfant gâté, un épicurien qui ne respecte aucune règle ni aucune loi. Il fume, boit, mange n’importe quoi. Sa réputation est déplorable et le public ne l’aime pas.

Pourtant c’est un homme entier et sensible et cette pièce lui rend hommage sans censure ni mensonge.

Une pièce vibrante et forte.

LA PEPINIERE THEATRE

à partir 24 septembre 2018

Les dimanches à 19h et lundis à 20h
(dimanche 4 novembre à 20h)
(relâches les 14 et 22 octobre et le 5 novembre)

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